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10 mars 2014

Alain Resnais: le faux départ .

Classé dans : Non classé — dominik27 @ 18 h 49 min

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Le portrait du cinéaste, illustrée par Floc’h, accueillait les proches dans l’église Saint-Vincent-de-Paul remplie de fleurs blanches.

Culture -            humanite            le 6 Mars 2014

Cactus J’ai deux ou trois choses à vous dire par Pierre-Louis Basse

Alain Resnais: le faux départ

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Le billet de Pierre-Louis Basse, alors que la « troupe » d’Alain Resnais, emmenée par ses acteurs Sabine Azéma, Pierre Arditi et André Dussolier, et tout le monde du 7e art, ont dit un dernier adieu lundi matin au cinéaste.

Cette chose que seul le cinéma est capable de réinventer: 
la vie après la mort. Franchement, vous y croyez à la disparition d’Alain Resnais? Moi, pas une seconde. Le cinéma: cet art extraordinaire qui nous contraint à plonger dans la nuit, pour mieux dévorer la lumière d’une histoire. «Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à notre désir», notait Bazin. 
Magie de Resnais. Quand il ne tournait pas, il glissait en silence, toujours jeune homme, sur les trottoirs de Paris. Le contraire d’un m’as-tu-vu!

Alain Resnais avait même eu le toupet, l’insolence, de faire chanter la vie, malgré tous ces moments de tristesse et de colère qui font l’histoire. C’est ainsi que je découvris, enfant, les images de Nuit et brouillard. Un choc. La voix de Jean Cayrol disant le mal. Et déjà, nous sommes en 1955, le film donne à voir ce que le monde se refusait encore à admettre: l’assassinat scientifique de 6 millions de juifs. En même temps, il y avait dans le montage ce trouble de l’image qui ne cessera plus jamais de transporter nos consciences. Nuit et brouillard, c’est le commencement atroce d’une révélation qui se poursuivra avec Shoah, de Lanzmann, puis la voix de Ferrat. Quand on pense que les autorités allemandes tentèrent de censurer, en France même, le film si poignant de vérité d’Alain Resnais!

Invention poétique

Plus tard, Hiroshima mon amour, cette jeune femme dans la cave me ramènera toujours à ce couple obsédant: amour et violence. L’amour dans la guerre. Les visages lumineux d’Emmanuelle Riva et du comédien japonais Okada. Dès le début de son histoire avec le cinéma, Resnais avait déposé sur sa caméra la puissance de la surprise et de l’invention poétique. Faut-il rappeler qu’il avait acheté sa toute première caméra du côté du passage Pommeraye à Nantes, là même où André Breton et Louis Aragon avaient tant flâné dans les années vingt ? Nantes, cette ville de toutes les aventures, de toutes les surprises au coin des rues, notera Breton…

«C’est très bizarre, observe Enki Bilal, je l’ai revu il y a un an, en pleine forme, je m’étais presque habitué à considérer Alain Resnais comme quelqu’un d’indestructible.» Et Bilal de rappeler avec justesse que Resnais aura «creusé dans son œuvre tout ce qui était lié à l’écriture et au théâtre». La malice de Resnais: nul besoin de discours pour s’engager. Mais sur ces événements qui avaient déjà la lourdeur du tragique (guerre d’Espagne ou d’Algérie), Alain Resnais demeurait un chef d’orchestre sublime. Celui dont l’esthétique en rajoutait toujours dans les comportements des uns et des autres, face aux grands drames de l’histoire. On peut dire que Resnais aura bel et bien remis les hommes et les femmes au centre de la partie. Une façon chaleureuse aussi et tendre de nous offrir une forme d’espoir. N’est-ce pas simple et judicieux de nous glisser à l’oreille, l’air de rien, que tout se termine en chansons? N’est-ce pas une manière d’espoir?

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Resnais ne meurt pas car il nous renvoie à cette fragilité de toute destinée humaine. Notre parcours sur la terre ressemble à du cristal de Bohême. Je pense à ce que nous disait tout à la fin de sa vie (on pourrait presque dire de sa nuit, puisqu’il était devenu aveugle) le grand écrivain argentin Borges: «Sommes-nous ici, ou très loin, il y a une centaine d’années?» Et où donc serons-nous, les uns et les autres, dans quelques décennies? À faire la guerre, l’amour, ou à chanter quelques mélodies joyeuses qui seules parviendront à nous réunir?

Je pense aussi à l’Année dernière à Marienbad. Je m’autorise le droit d’écrire: son plus beau film. L’errance de Delphine Seyrig dans un palace glacial et cerné de faux souvenirs.

Jusqu’au bout, jusqu’à son dernier film – sera-t-il le dernier? – Resnais brouille les cartes et nous envoie finalement un carton d’invitation à faire la fête, plutôt que la tête, quand ceux que nous avons aimés disparaissent pour de bon. Ainsi, le 26 mars prochain, nous irons voir Aimer, boire et chanter. Et nous nous souviendrons de la jeunesse de Resnais. De toutes ses surprises affolantes qui auront endiablé sa famille de cinéma (Pierre Arditi, Sabine Azéma, André Dussolier) sans doute inconsolable. Cette jeunesse qui n’est jamais dupe de tout ce que lui réserve dans son dos le monde figé des adultes. Et nous chanterons.

  • A lire aussi:

Les précédents billets de Pierre-Louis Basse

Resnais, ultime mot d’ordre : Aimer, boire et chanter

Pierre-Louis Basse

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