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9 mars 2014

Le Vénézuela de l’après-Chavez est-il en crise? .

Classé dans : Non classé — dominik27 @ 11 h 38 min

Le Vénézuela de l'après-Chavez est-il en crise? . 2014-03-09venezuela

 

Monde -            humanite            le 7 Mars 2014

l’Humanité des débats Table ronde

Le Vénézuela de l’après-Chavez est-il en crise?

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Table ronde avec Olivier Compagnon, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Iheal. Obey Ament, coordinateur du groupe Amérique latine du Parti communiste français. Jacques sapir, économiste et directeur d’études à l’EHESS.

Rappel des faits. Un an après la disparition d’Hugo Chavez, le Venezuela est traversé par un mouvement de profonde déstabilisation orchestré par l’opposition locale et la diplomatie des États-Unis. Un mouvement social, parti des milieux estudiantins sur la base de la dénonciation de l’insécurité a vite été relayé par un opposition battue aux élections d’avril 2013 mais impatiente d’en découdre avec Nicolas Maduro, successeur de Chavez. Depuis la mi-février, la tension monte avec, du côté de l’opposition, la volonté manifeste de discréditer les représentants constitutionnels de la république bolivarienne et d’entraîner le pays dans un mouvement d’enlisement. Une tentative pour rejouer le coup d’État de 2002 ? Ou, plus proche dans le temps, de renouveler, plus loin dans « l’arrière-cour », l’essai qui a permis l’éviction, avec la bénédiction du Pentagone, du président élu du Honduras, Manuel Zelaya, en juin 2009 ? Le fait est que, sous une double dimension – politique et économique –, les assises de la Révolution bolivarienne semblent fragilisées.

 

 

Les récents événements 
au Venezuela mettent 
en exergue les difficultés économiques du pays. 
Quelles sont-elles?

Obey Ament. Le Venezuela reste un pays dépendant des exportations pétrolières (95 % du total exporté) et des importations d’aliments, machines-outils et produits transformés. L’objectif du gouvernement bolivarien, qui vise la diversification de son économie et le développement des secteurs industriels et agricoles, n’a pas encore pu aboutir. Les revenus du pétrole ont été massivement utilisés pour le développement social du pays. En 2010, le Venezuela est devenu le pays de l’Amérique latine où les inégalités ont le plus reculé ; en 2012, la pauvreté a encore reculé de 20 %. Les Vénézuéliens ont aujourd’hui une sécurité sociale et des pensions indexées sur le salaire minimum. Le taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire est passé de 48 %, en 1998, à 73 % et, dans l’enseignement supérieur, il atteint 83 % grâce aux programmes spéciaux en direction des exclus. Ces progrès sociaux ont permis de rééquilibrer un salaire moyen en recul qui ne se remet pas des années de néolibéralisme et qui a connu des fortes chutes lors de la période autour du coup d’État de 2002 et avec la crise dans les pays industrialisés. Une forte inflation et la spéculation avec le dollar sont le fruit des déséquilibres propres à un pays dépendant de la rente pétrolière. Vient s’ajouter la « guerre économique », entretenue par une partie du patronat qui contrôle les importations, organise l’accaparement des produits de première nécessité et spécule contre la monnaie nationale. C’est sur ces difficultés que l’opposition la plus radicale s’appuie en essayant d’entraîner les Vénézuéliens dans une spirale de la violence qui cherche à faire tomber le gouvernement

Olivier Compagnon. Le principal problème économique auquel sont confrontés les Vénézuéliens aujourd’hui réside précisément dans l’inflation, qui a atteint des proportions exceptionnelles en 2013 avec un taux annuel supérieur à 55 % et qui affecte grandement le revenu des ménages, bien que les salaires augmentent aussi régulièrement. La cause structurelle en réside dans le caractère rentier d’une économie qui repose sur un afflux massif de pétrodollars et qui n’a pas fait l’objet d’une réelle diversification sous Chavez. C’était l’un des principaux défis des années 2000, avec celui de la diminution de l’insécurité, et aucun des deux n’a réellement été relevé. Dans une certaine mesure, c’est la lassitude d’une grande partie de la population face à ces maux que paye aujourd’hui le gouvernement Maduro.

Jacques Sapir. Le Venezuela connaît effectivement, depuis septembre 2012, une forte accélération de l’inflation et le décrochement du taux de change officiel avec celui de la « rue ». Ce sont les symptômes de difficultés qui, pour une partie, tiennent à une politique sociale trop ambitieuse (3 millions de logements équipés qui sont distribués gratuitement), mais aussi, pour une autre partie, aux difficultés qu’il y a à ré-industrialiser un pays qui s’est soumis, depuis la fin des années 1930, à la logique de la rente pétrolière. Le gouvernement me semble avoir été trop soumis à la logique « consumériste » qui domine dans la société et qui pousse à la gratuité. Or, nous savons bien que le socialisme, ce n’est pas la gratuité et cela d’autant moins que, grâce à la politique économique mise en place, le taux de chômage est très bas (5 %). Il faut de plus savoir que la pression fiscale est très faible, autour de 13 % du PIB. En Russie, dans une économie où les hydrocarbures sont importants, on est à 23 % du PIB en contributions directes.

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Assiste-t-on à une rupture dans 
la conscience politique et sociale des Vénézuéliens à l’égard du projet bolivarien, ou à une énième tentative de déstabilisation du régime par 
ses opposants ?

Olivier Compagnon. Sans doute, à un peu des deux. D’un côté, l’extrême conflictualité politique que l’on observe aujourd’hui s’inscrit dans la continuité de ce que l’on a pu observer dès le début des années 2000, notamment au moment de la tentative de coup d’État d’avril 2002, évidemment. Les années Chavez ont produit un très fort clivage politique qui resurgit périodiquement dans des termes, et avec des acteurs, relativement constants. Dans le même temps, depuis 2007-2008 au moins, des secteurs traditionnellement acquis à la Révolution bolivarienne tendent à s’en démarquer en raison des nombreux problèmes irrésolus et d’une usure du pouvoir qui est un processus politique somme toute logique. Les indéniables progrès réalisés en termes de redistribution, lisibles dans la nette diminution de l’indice de Gini qui évalue l’inégale répartition des revenus au sein d’une société, ne suffisent plus à entretenir la flamme. D’autant que Maduro n’a jamais réussi à construire un leadership comparable à celui de Chavez depuis un an, étant donné sa moindre habileté médiatique et les fortes oppositions qu’il rencontre à l’intérieur de son propre camp.

Obey Ament. Contrairement à l’image que certains médias ont voulu imposer, il faut insister sur le fait qu’une majorité de Vénézuéliens n’adhèrent pas aux dernières manifestations de l’opposition. Lors du référendum de 2007, la campagne de peur orchestrée par l’opposition a mobilisé une partie des classes moyennes, favorisant ainsi la victoire du non contre le projet socialiste chaviste. Depuis, l’opposition gagne du terrain d’élection en élection. Ces couches sociales, inquiètes des difficultés actuelles, se retrouvent avec les classes possédantes et avec l’opposition la plus radicale dans un mouvement violent qui cherche la déstabilisation du pays et la fin du gouvernement chaviste.

Jacques Sapir. Le projet bolivarien a permis de réinsérer dans la société la majorité exclue de la population – indiens, noirs et métis. La révolution fut le fait de ceux que l’on appelle les « colorados », et qui sont la grande majorité de la population. C’est un grand et réel succès de Chavez et des gouvernements qui se sont succédé que d’avoir sorti cette population de la misère. Mais le projet bolivarien tend aujourd’hui à s’essouffler parce qu’il fonctionne sur la distribution et non la redistribution. Il est urgent de lui trouver de nouvelles modalités d’application. De plus, il est incontestable qu’il y a un problème de corruption dans l’administration. Sans en exagérer l’effet, il faut que le gouvernement y prenne garde. Par ailleurs, il ne faut jamais oublier qu’une partie de l’opposition n’a jamais admis le régime. Elle est dans une logique putschiste depuis le début de la révolution bolivarienne. C’est le cas de ces élites « blanches » de la grande bourgeoisie compradore, dont Capriles est le représentant, et dont le rêve – et seul objectif – est de passer la fin de semaine à Miami. L’opposition entre « blancos » et « colorados » est importante. Elle est intrinsèquement violente. Il y a cependant une opposition plus modérée, qui a voté la « loi habilitante » qui donne la possibilité au président Maduro de gouverner par décrets. L’opposition putschiste mène aussi une véritable guerre, avec des assassinats ciblés, contre cette opposition démocratique.

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À quels nouveaux enjeux, sur 
le terrain économique en particulier, se trouve confronté le gouvernement du président Maduro ? Quelles pistes peut-il ou doit-il emprunter ?

Olivier Compagnon. Indépendamment d’éléments conjoncturels liés par exemple aux variations du cours du pétrole, la question centrale demeure bien d’engager des réformes structurelles permettant au Venezuela de limiter sa dépendance vis-à-vis des exportations de pétrole et des importations de produits de toute sorte, notamment dans le domaine alimentaire. Cela suppose un véritable effort de planification que la temporalité politique du XXIe siècle, au Venezuela comme ailleurs, n’autorise peut-être plus.

Obey Ament. Les enjeux actuels sont économiques et politiques : jusqu’ici, 64 % des ventes à l’extérieur ont servi le développement, afin de répondre à l’urgence d’une situation laissée par le néolibéralisme. Mais les objectifs de diversification économique pour sortir du modèle « rentiste » restent à atteindre. Les énormes ressources disponibles peuvent orienter vers l’industrialisation, pour favoriser la souveraineté alimentaire et la formation permettant au Venezuela de dépasser le modèle de développement actuel. Le projet d’intégration des pays du Cône Sud est une pièce maîtresse pour l’avenir. Jusqu’ici, cette intégration a beaucoup avancé sur le plan politique mais reste bloquée sur le plan du développement des infrastructures et de la création d’un marché régional et de chaînes productives.

Jacques Sapir. Le premier enjeu, de court terme, est de stabiliser le taux de change. Il faut que le gouvernement unifie le taux « officiel » et le taux de la « rue », et qu’il mette ce taux sous le contrôle de la banque centrale, qui agira alors par des systèmes de dépôts obligatoires et de taux d’intérêt. Mais sur le fond, il faut à la fois pousser à une ré-industrialisation du pays et au développement de productions locales, et mettre en place un système social plus juste, fondé sur la redistribution et non la simple distribution. On oublie que le Venezuela fut un exportateur de biens alimentaires jusqu’au début des années 1940, avant que la logique de la rente n’emporte tout. Par ailleurs, la quasi-gratuité des carburants n’a pas de sens. C’est une subvention aux propriétaires de grosses voitures américaines ! Il faut aider les plus pauvres, au prorata de leurs revenus, mais cesser, sauf cas particulier, cette politique de la gratuité ou de quasi-gratuité. Il faut aussi un système fiscal qui fonctionne, et reconstruire une administration largement inexistante depuis les années 1950.

 

La violence et l’audace des manipulations médiatiques à l’égard du gouvernement vénézuélien 
ne replongent-elles pas le pays 
dans un contexte analogue à celui 
du coup d’État de 2002 ?

Olivier Compagnon. La violence politique et les manipulations médiatiques sont aujourd’hui l’apanage des deux camps, au point que le climat actuel s’apparente, plus encore qu’en 2002, à celui d’une guerre civile. L’un des éléments les plus inquiétants, que l’on pouvait d’ailleurs déjà redouter au moment de la maladie de Chavez et de son retrait progressif de la scène médiatique, se situe dans le faible contrôle que le gouvernement de Maduro a de ses soutiens armés sur le terrain. Le croisement des témoignages recueillis sur le terrain depuis quelques semaines atteste l’existence d’une logique de surenchère, de part et d’autre, qui augure mal d’une sortie de crise pacifique.

Jacques Sapir. Vous avez entièrement raison de parler de coup d’État. Les manifestations de ces dernières semaines ont été particulièrement violentes, avec des groupes armés qui cherchent l’affrontement avec la garde nationale. Les manipulations médiatiques sont aussi importantes. La droite putschiste, avec l’aide des États-Unis, mène une véritable guerre médiatique contre le gouvernement et n’hésite pas à faire circuler de fausses rumeurs et de fausses informations. C’est une stratégie de guerre civile à laquelle le gouvernement est confronté. Le soutien des gauches européennes au gouvernement a été très faible. C’est un problème sérieux aujourd’hui.

Obey Ament. Les espaces de participation créés depuis 2009 semblent insuffisants, des nouveaux espaces sont en train d’être créés. La réponse positive d’une partie de l’opposition et du patronat à participer à une « conférence pour la paix et la cohabitation », à l’appel du président Nicolas Maduro, ouvre la possibilité d’une nouvelle étape dans la vie politique du pays. La direction de la « table de l’unité démocratique », qui regroupe l’opposition, rejette cette possibilité, pariant sur la stratégie de la violence. Une commission pour la vérité pour l’économie, avec la participation des ministères du Travail, de l’Industrie, du Commerce extérieur et des représentants d’entreprises, a déjà avancé des objectifs tels que la priorité dans l’assignation des devises pour les entreprises qui importent pour produire ou qui importent des équipements destinés à la production agricole. Le président Nicolas Maduro semble être en passe de gagner le pari du dialogue national qu’il avait lancé après son élection. Mais le choix de la violence fait par certains dirigeants de l’opposition reste une menace contre la démocratie et une forme de sabotage qui cherche à miner toute avancée.

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