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29 décembre 2013

Le modèle Allemand,une imposture,dans « On n’arrête pas l’éco » .

Classé dans : Non classé — dominik27 @ 8 h 21 min

Le modèle Allemand,une imposture,dans

 

Monde -            humanitefr            le 28 Décembre 2013

 

Le modèle Allemand, une imposture, dans « On n’arrête pas l’éco »

Mots clés :                           angela merkel,                            allemagne,                            livre,                            france inter,                            bruno odent,

 

 

Ce samedi matin, l’équipe d’On n’arrête pas l’éco, sur France Inter, partageait ses coups de cœurs. Le modèle allemand, une imposture, de Bruno Odent, en faisait partie. Chef de la rubrique Monde à l’Humanité et germaniste, son ouvrage est un  travail pédagogique utile pour tous ceux qui ne désespèrent pas de la  possibilité de réorienter l’Union européenne.

  • La critique de Jean-Paul Piérot sur le livre

Qui a oublié l’argument répété ad nauseam sur les plateaux de  télévision, lors des débats de la campagne de l’élection présidentielle  française de 2012 ? « En Allemagne… » Berlin était devenu la nouvelle  Rome de l’empire eurolibéral, avec à sa tête Angela Merkel « über  alles ». Nicolas Sarkozy a usé et abusé de sa proximité affichée avec la  chancelière, sans pour autant bouder son prédécesseur, le  social-démocrate Gerhard Schröder, le père des réformes libérales du  début des années 2000. Mais plus récemment, à Leipzig, lors de la  cérémonie du 150e anniversaire de la social-démocratie allemande,  François Hollande a rendu un hommage appuyé aux réformes « courageuses »  de l’ancien chancelier connu sous le sobriquet de « camarade des  patrons ».

Rétablir la vérité sur le « modèle » allemand s’imposait, alors que  la prégnance de Berlin pèse sur le cours de la politique de l’Union  européenne – le peuple grec en vit l’amère expérience – et que notre  voisin oriental est à son tour dans une campagne électorale, avec le  renouvellement du Bundestag, le 22 septembre prochain. Le livre de Bruno  Odent répond efficacement à cette attente. L’auteur, qui dirige le  service international de l’Humanité, par ailleurs germaniste, connaît  bien la société allemande. Il réalise là un travail pédagogique utile au  débat politique, qui s’adresse à celles et ceux qui ne désespèrent pas  de la possibilité de réorienter l’Union européenne.

On ne peut comprendre les débats qui agitent l’Allemagne  d’aujourd’hui sans revenir sur les singularités de son histoire  économique et sociale depuis l’avènement du premier Reich allemand, en  1870. Paradoxalement, c’est Bismarck, l’homme fort de la Prusse puis  premier chancelier du Reich, qui introduit des lois sociales jusqu’alors  inexistantes pour s’opposer à la montée en puissance d’un mouvement  ouvrier influencé par les idées de Marx. Cette sorte de compromis visant  à garantir la paix sociale en intégrant le mouvement ouvrier se  prolongera, après 1945, en Allemagne occidentale, avec la cogestion  (Mitbestimmung) et une plus grande indépendance des industries vis-à-vis  des marchés boursiers. Le capitalisme rhénan a obtenu d’incontestables  succès – chômage faible, salaires les plus élevés d’Europe, ouvriers  bien formés…

Le livre rappelle les conditions de la réunification. « C’est la  première fois qu’un pays développé et tout ce qui en constitue les  structures sont aussi rapidement détruits pour être remplacés quasiment  du jour au lendemain par le système de l’État voisin », résume Bruno  Odent. Un chiffre illustre l’ampleur du gâchis provoqué par cette  annexion opérée par la force du Deutsche Mark : le nombre d’emplois  industriels sur le territoire de l’ex-RDA chute de 2 millions en 1991 à  762 000 en 1993. La réunification va coûter très cher : plus de  2 000 milliards d’euros de transferts sociaux jusqu’à aujourd’hui.  Lourde addition pour les salariés et retraités allemands et pour les  Européens.

Le modèle rhénan sera vigoureusement attaqué par le gouvernement de  Helmut Kohl puis, plus systématiquement encore, par Gerhard Schröder,  chancelier social-démocrate élu en 1998 après avoir fait campagne sur le  slogan du « nouveau centre ». L’ère Schröder sera marquée par une série  de lois – les lois Hartz –, véritable arsenal destiné aux démontages  sociaux. La plus tristement célèbre, dite « Hartz IV », réduit à un an  la durée des indemnités de chômage et instaure les « jobs à 1 euro ».  L’auteur dresse le bilan de la décennie Schröder-Merkel, marquée par  l’extension de la pauvreté, la paupérisation des seniors, un  affaiblissement marqué de la cohésion sociale, une crise démographique  qui va crescendo.

L’ouvrage se conclut par une réflexion sur l’avenir d’une  construction européenne mise en danger par les pressions exercées par  Berlin, rattrapé par la crise, pour imposer son propre modèle. Pourtant,  note l’auteur, « le besoin de construction européenne est plus fort  encore aujourd’hui qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », et  de citer « les défis sociaux, la protection de l’environnement, le  climat, les partages scientifiques et techniques ». Une invitation à  débattre et à réfléchir aux moyens d’empêcher les eurolibéraux, et pas  seulement à Berlin, de conduire l’Europe dans le mur.

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